Par Anaëlle 7 min de lecture

Plus de diagnostics d'autisme et de TDAH : effet de mode ou meilleur repérage ? Ce que disent deux études danoises

Un soignant en blouse blanche, assis à son bureau, prend des notes pendant une consultation en visioconférence sur son ordinateur portable.

7 min de lecture

« C'est à la mode. » Beaucoup d'adultes diagnostiqués tardivement autistes ou TDAH ont déjà entendu cette phrase, souvent après avoir enfin mis un mot sur des années de fonctionnement différent. Le 10 septembre 2026, deux études danoises publiées dans JAMA Psychiatry permettent d'y répondre autrement qu'avec de la fatigue : voici ce qu'elles mesurent vraiment, et ce qu'elles ne disent pas.

L'essentiel en 30 secondes

  • Le 10 septembre 2026, une équipe de l'université d'Aarhus et de l'ISGlobal (Barcelone) a publié dans JAMA Psychiatry une étude sur plus de 2,1 millions d'enfants et adolescents danois, comparant 71 000 jeunes diagnostiqués TDAH ou autistes entre 2012 et 2022 à 713 000 pairs sans diagnostic.
  • Elle prolonge une étude de juin 2026 (université de Copenhague) : chez les personnes diagnostiquées plus récemment, la prédisposition génétique mesurée est plus faible, alors que la part de la population danoise diagnostiquée est passée de 0,1 % en 2000 à plus de 3 % en 2022.
  • Les auteurs sont clairs : ces résultats ne prouvent pas un surdiagnostic. Les personnes nouvellement diagnostiquées restent plus prédisposées que la population générale.
  • Ces études portent sur des diagnostics posés au Danemark, chez des enfants et adolescents : rien n'y permet de conclure directement sur les adultes diagnostiqués tardivement en France.

« C'est à la mode » : d'où vient la phrase, et pourquoi elle fait mal

La phrase revient presque toujours de la même façon : « il y a plus de diagnostics qu'avant, donc c'est devenu à la mode », comme si le nombre grandissant de personnes diagnostiquées prouvait, en soi, que le diagnostic est galvaudé. Elle s'appuie sur une observation réelle : oui, il y a beaucoup plus de diagnostics d'autisme et de TDAH qu'il y a vingt ans. Ce qui ne suit pas, c'est la conclusion. Une hausse peut venir d'un effet de mode, mais elle peut tout aussi bien venir d'un meilleur repérage, de critères mieux compris par les professionnels, ou d'une société qui laisse enfin la place à des profils longtemps invisibles.

Pour une personne diagnostiquée à 35 ou 45 ans, cette phrase touche un point sensible : elle sous-entend que le diagnostic est une invention récente, une étiquette de circonstance, alors qu'il vient souvent après des années à se sentir décalé sans comprendre pourquoi. C'est exactement la question que deux études danoises viennent d'examiner avec des données, plutôt qu'avec une impression.

Ce que les chercheurs danois ont mesuré, en clair

L'étude du 10 septembre, menée par l'université d'Aarhus et l'ISGlobal de Barcelone, s'appuie sur les registres nationaux danois : plus de 2,1 millions d'enfants et d'adolescents, dont 71 000 diagnostiqués TDAH ou autistes entre 2012 et 2022, comparés à 713 000 pairs sans diagnostic sur la même période. Le constat central : le profil des personnes diagnostiquées se rapproche, année après année, de celui de la population générale.

Un exemple donné par les auteurs permet de comprendre ce que ça veut dire concrètement : en début de période, un faible poids de naissance augmentait de 54 % la probabilité d'un diagnostic. À la fin de la période, cette même caractéristique ne l'augmentait plus que de 17 %. Autrement dit, il fallait auparavant cumuler des facteurs de risque marqués pour être repéré ; aujourd'hui, des profils plus proches de la moyenne accèdent aussi à un diagnostic.

Cette étude prolonge un travail publié en juin 2026 par l'université de Copenhague, dans la même revue : chez les personnes diagnostiquées le plus récemment, la prédisposition génétique mesurée est plus faible que chez celles diagnostiquées il y a vingt ans (de 10 à 15 % pour le TDAH, jusqu'à 25 % pour l'autisme), pendant que la part de la population danoise diagnostiquée passait de 0,1 % en 2000 à plus de 3 % en 2022.

Des critères qui s'élargissent, ce n'est pas des diagnostics au hasard

Ce que ces deux études mesurent, c'est un élargissement progressif de qui accède à un diagnostic, pas un relâchement des critères. Il y a encore quelques décennies, l'autisme se limitait dans l'esprit du plus grand nombre à des tableaux très marqués et très visibles. Depuis, la compréhension clinique s'est affinée : on sait aujourd'hui qu'un même diagnostic peut recouvrir des profils très différents, du plus discret au plus lourdement accompagné, ce qui explique le mot « spectre ».

C'est précisément ce que montre l'affiche « Le spectre de l'autisme » (4,90 €) : elle compare deux profils autistiques sur huit dimensions, côte à côte, pour rendre visible ce que « critères élargis » veut dire concrètement. Deux personnes très différentes en apparence peuvent relever du même diagnostic, sans que l'une des deux soit « moins autiste » que l'autre.

Repérer plus de monde n'est donc pas la même chose que diagnostiquer au hasard. Un diagnostic reste posé par un professionnel, sur la base de critères cliniques précis, à l'issue d'une évaluation. Ce qui a changé, c'est le nombre de personnes qui, avec un tableau plus discret, sont désormais orientées vers cette évaluation au lieu de rester dans l'angle mort.

Ce que ces études ne disent pas

  • Elles ne portent pas sur les adultes. Les deux études concernent des enfants et des adolescents diagnostiqués entre 2012 et 2022, pas des adultes diagnostiqués tardivement.
  • Elles ne portent pas sur la France. Le système de repérage, les délais d'accès à un diagnostic et les critères appliqués en pratique au Danemark ne sont pas ceux du parcours français.
  • Elles ne prouvent pas un surdiagnostic. Les auteurs le disent eux-mêmes : les personnes nouvellement diagnostiquées restent, en moyenne, plus prédisposées que la population générale. Le profil se rapproche de la moyenne, il ne s'y confond pas.

Répondre à l'entourage sans se justifier pendant une heure

Face à un « c'est à la mode » lancé en famille ou entre collègues, il n'est pas nécessaire de dérouler toute la démographie danoise. Quelques repères suffisent à recentrer la conversation :

  • « Plus de diagnostics ne veut pas dire diagnostics au hasard. » Chaque diagnostic reste posé par un professionnel, sur des critères cliniques précis.
  • « On repère mieux, pas seulement plus. » Les personnes qui ont un profil plus discret n'étaient tout simplement pas orientées vers une évaluation il y a vingt ans.
  • « Ça ne dit rien de moi en particulier. » Une tendance statistique sur une population ne remet en cause aucun diagnostic individuel posé après évaluation.

Rappeler ces points n'exige pas de convaincre l'autre sur-le-champ. Le but est de sortir d'une phrase qui met en doute, sans y passer une heure ni revivre son propre parcours de diagnostic à chaque fois qu'elle revient.

Questions fréquentes

Ces études prouvent-elles qu'il y a du surdiagnostic ?

Non. Les auteurs précisent explicitement que ces résultats ne doivent pas être lus comme une preuve de surdiagnostic : les personnes nouvellement diagnostiquées restent plus prédisposées que la population générale, même si l'écart se réduit.

Est-ce que ça concerne les adultes diagnostiqués tardivement en France ?

Pas directement. Les deux études portent sur des enfants et adolescents diagnostiqués au Danemark. Elles éclairent une tendance générale, mais ne permettent aucune conclusion sur le parcours d'un adulte diagnostiqué tardivement en France.

Pourquoi la génétique mesurée est-elle plus faible chez les personnes diagnostiquées récemment ?

Parce que les critères de repérage touchent désormais des profils plus proches de la moyenne de la population, et non plus seulement les tableaux les plus marqués. Ce n'est pas la génétique de l'autisme ou du TDAH qui change : c'est qui accède à un diagnostic qui évolue.

Que répondre si on me dit que mon diagnostic est « à la mode » ?

Rappeler qu'un diagnostic individuel est posé par un professionnel sur des critères cliniques, et qu'une tendance statistique sur une population ne remet en cause aucun parcours particulier. Il n'est pas nécessaire de se justifier davantage.

Pour finir

Deux études, des millions d'enfants suivis sur dix ans, et une conclusion nuancée : on repère mieux, on ne diagnostique pas au hasard, et rien de tout ça ne prouve un effet de mode. La prochaine fois que la phrase revient, il reste possible d'y répondre avec ces quelques repères, sans avoir à raconter tout son parcours.

Pour expliquer en un coup d'œil ce que « spectre » veut vraiment dire, l'affiche « Le spectre de l'autisme » (4,90 €) est disponible sur la boutique.

Par Anaëlle

Cet article est une information générale sur une actualité scientifique. Il ne remplace ni un avis médical, ni un diagnostic posé par un professionnel.

Sources

  • « Study suggests the profile of people diagnosed with ADHD and autism has changed over the past decade », EurekAlert! / ISGlobal, septembre 2026 (étude JAMA Psychiatry, 10 septembre 2026, DOI 10.1001/jamapsychiatry.2026.2722) : eurekalert.org
  • « ADHD and autism diagnoses have increased. New study points to broader diagnoses as an explanation », EurekAlert!, 10 juin 2026 : eurekalert.org
  • « ADHD in the News », CHADD, 17 septembre 2026 : chadd.org

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