Par Anaëlle 8 min de lecture

Masquer son TDAH : ce qu'une étude sur 202 adultes dit de cette fatigue que personne ne voit

Une jeune femme assise au pied d'un arbre au bord de l'eau, un casque audio sur les oreilles et un carnet ouvert sur les genoux.

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Tu hoches la tête en réunion alors que tu as décroché depuis trois phrases. Tu coinces ton pied sous la chaise pour qu'il arrête de taper. Tu as répété dans ta tête, la veille, la conversation de ce matin. Personne n'a rien remarqué. Et le soir, tu n'as plus rien dans le réservoir. Ce double jeu a un nom, le masquage, et une étude canadienne publiée en 2026 vient de le mesurer chez des adultes TDAH.

L'essentiel en 30 secondes

  • Une étude de l'université Simon Fraser (Canada), publiée le 6 mars 2026 dans Research in Neurodiversity, a interrogé 202 personnes de 16 ans et plus ayant un diagnostic de TDAH, en Colombie-Britannique.
  • 91,6 % de ces 202 personnes disent masquer leurs traits de TDAH dans au moins certaines situations : au travail, dans l'espace public, dans leurs relations.
  • Elles décrivent un effet qui aide sur le moment (être accepté, éviter le jugement) et un coût ensuite : épuisement, anxiété, sentiment de ne pas être soi, attention et mémoire plus difficiles, parfois plusieurs jours pour récupérer.
  • Pour les chercheuses, ce n'est pas aux personnes TDAH de porter le changement : c'est à la société de réduire la stigmatisation.

Masquer son TDAH, concrètement, c'est quoi

On parle beaucoup du masquage chez les personnes autistes. On en parle beaucoup moins pour le TDAH, alors que beaucoup d'adultes TDAH s'y reconnaissent dès qu'on leur décrit les gestes. Masquer, c'est cacher ou compenser ce qui se voit de son fonctionnement pour passer inaperçu, être pris au sérieux ou éviter une remarque.

Les personnes interrogées dans l'étude décrivent des stratégies très concrètes :

  • faire semblant d'écouter quand l'attention est partie ailleurs ;
  • retenir ses mouvements (gigoter, taper du pied) ou ses élans (couper la parole) ;
  • imiter les autres pour savoir comment se comporter ;
  • répéter les conversations à l'avance et sur-préparer les réunions ;
  • éviter certaines situations sociales plutôt que de risquer d'y être mal à l'aise.

Si tu as coché mentalement plusieurs lignes, tu n'es pas une exception. C'est justement ce que l'étude montre.

Ce que dit l'étude, et ce qu'elle ne dit pas

L'étude s'intitule « I wish I could just be myself » (« J'aimerais juste pouvoir être moi-même »). Elle a été menée par Marisa Mylett et Grace Iarocci, de l'université Simon Fraser, et publiée le 6 mars 2026 dans la revue Research in Neurodiversity. L'université l'a présentée au public le 3 juin 2026.

Le chiffre qui frappe : 91,6 % des 202 participants disent masquer leurs traits de TDAH dans au moins certaines situations sociales. C'est presque tout le monde. Mais il faut le lire pour ce qu'il est :

  • ce sont 202 personnes volontaires, dans une seule province canadienne ;
  • ce sont des réponses déclarées, sur la base d'un diagnostic lui aussi déclaré par les participants ;
  • on ne peut donc pas dire « 91,6 % des personnes TDAH masquent » : on peut dire « 91,6 % des 202 personnes interrogées ».

L'étude recueille des expériences vécues. Elle ne démontre pas que le masquage cause l'anxiété ou la dépression : elle montre que les personnes qui masquent décrivent ces difficultés comme une partie de ce que ça leur coûte.

À garder en tête

Masquage TDAH et masquage autistique ne sont pas la même chose. Une étude de 2024 citée par TPE Actu (van der Putten et collègues, Autism Research) trouve chez les adultes TDAH plus de camouflage que dans un groupe de comparaison, mais moins que chez les adultes autistes, avec un questionnaire conçu au départ pour l'autisme. Si tu es concerné par les deux, les deux peuvent s'additionner : c'est une raison de plus d'être doux avec ta fatigue.

Pourquoi ça vide autant la batterie

Masquer, c'est faire deux choses à la fois : ce que tu es en train de faire, et surveiller l'image que tu donnes pendant que tu le fais. Les participants de l'étude décrivent exactement ce double effort : épuisement, anxiété, faible estime de soi, sentiment d'inauthenticité, impression d'être un imposteur.

Il y a un effet qui surprend souvent : en mobilisant de l'énergie pour cacher les difficultés d'attention, le masquage peut rendre l'attention, la mémoire et la concentration encore plus difficiles. Les personnes interrogées parlent aussi d'irritabilité, et certaines disent avoir besoin de plusieurs jours pour récupérer après une période de masquage intense.

Si tu t'effondres le vendredi soir après une semaine « où tout s'est bien passé », ce n'est donc pas de la paresse ni un manque de volonté. C'est le prix d'un travail que personne n'a vu.

Pourquoi on masque quand même

L'étude ne fait pas du masquage une faute. Les participants disent qu'il les aide : être accepté, être vu comme compétent et sympathique, éviter le jugement, le rejet ou la discrimination. Masquer, c'est souvent une réponse raisonnable à un environnement qui n'est pas prêt.

Mais les chercheuses notent aussi les effets de bord : quand personne ne voit tes difficultés, les autres peuvent les minimiser, tu peux avoir moins accès à du soutien, et les relations peuvent sembler moins sincères. Elles évoquent aussi un diagnostic qui peut être retardé quand les signes sont bien cachés.

Ce n'est pas à toi de tout porter

C'est le point le plus important de l'étude, et celui qu'on oublie le plus vite. Ses autrices le disent clairement : le poids du changement ne devrait pas reposer sur la personne. Marisa Mylett parle d'un « gros travail à faire dans la société pour réduire la stigmatisation » et faire évoluer les normes vers l'acceptation des différents fonctionnements. Grace Iarocci insiste sur l'importance, pour les soignants, de savoir reconnaître ces comportements.

Cet article ne te dira donc pas « arrête de masquer ». Ce n'est ni un conseil qu'on peut donner de l'extérieur, ni une décision simple quand le masquage te protège. Ce que tu peux faire, en revanche, c'est remarquer quand tu masques et ce que ça te coûte, et choisir les endroits où tu as envie d'en faire un peu moins, à ton rythme.

Une piste pour commencer sans rien changer à tes habitudes : noter ton énergie sur une ou deux semaines, et repérer les jours qui la vident le plus. La fiche gratuite « Ma journée en cuillères » (0 €) sert exactement à ça : cocher chaque matin ce qu'il te reste, et voir noir sur blanc si certaines journées coûtent plus que d'autres.

Faire comprendre sans tout expliquer

Puisque l'étude place une partie de la réponse du côté de l'entourage, ça peut valoir la peine d'aider ceux qui comptent pour toi à comprendre ce qu'ils ne voient pas. Pas forcément en faisant une grande annonce : parfois, un support qui parle à ta place suffit.

Le mini-guide « Comprendre le TDAH » (5,90 €), écrit et illustré par Anaëlle, a une page sur l'hyperactivité visible et invisible, celle qui se voit et celle qui reste dans la tête. Un petit livret à laisser traîner sur la table ou à prêter, pour qu'un proche comprenne pourquoi tu as besoin de ta soirée au calme après une journée « normale ».

Questions fréquentes

Le masquage existe-t-il aussi chez les personnes TDAH, pas seulement autistes ?

Oui. Dans l'étude de l'université Simon Fraser publiée en 2026, 91,6 % des 202 adultes TDAH interrogés disent masquer leurs traits dans au moins certaines situations. Les recherches disponibles suggèrent que ce masquage est différent de celui décrit chez les personnes autistes.

Quels sont les exemples de masquage TDAH les plus cités ?

Faire semblant d'écouter, retenir ses mouvements ou l'envie de couper la parole, imiter les autres, répéter les conversations à l'avance, sur-préparer les réunions, éviter certaines situations sociales.

Le masquage rend-il anxieux ou déprimé ?

Les participants décrivent l'épuisement, l'anxiété ou une faible estime de soi comme une partie de ce que le masquage leur coûte. Mais l'étude recueille des expériences : elle ne prouve pas de lien de cause à effet. Si tu te sens mal depuis un moment, parles-en à un professionnel de santé.

Faut-il arrêter de masquer ?

Il n'y a pas de réponse unique, et cet article ne donne pas de consigne. Les autrices de l'étude estiment que le changement ne devrait pas reposer sur les personnes TDAH, mais sur une société qui réduit la stigmatisation. Tu restes libre de choisir où et quand tu masques moins.

Pour finir

Neuf personnes sur dix, dans cette étude, font un travail que personne ne voit. Si tu en fais partie, ta fatigue a une raison, et elle mérite d'être prise au sérieux, d'abord par toi. Tu n'as pas à démonter ton masque du jour au lendemain. Tu peux juste commencer par le remarquer, et te laisser un vrai temps de récupération après les journées où il a beaucoup servi.

Pour aider tes proches à comprendre ce qui ne se voit pas, le mini-guide « Comprendre le TDAH » (5,90 €) est disponible sur la boutique, avec la fiche gratuite « Ma journée en cuillères » (0 €).

Par Anaëlle

Cet article est une information générale. Il ne pose aucun diagnostic et ne remplace ni un avis médical, ni l'accompagnement d'un professionnel de santé qui connaît ta situation.

Sources

  • Mylett M., Iarocci G., « "I wish I could just be myself": Experiences of social camouflaging in adults with ADHD », Research in Neurodiversity, 6 mars 2026, DOI 10.1016/j.rin.2026.100018 : doi.org
  • « Adults with ADHD may pay high price to mask traits and fit in », université Simon Fraser, communiqué du 3 juin 2026 : sfu.ca
  • Même communiqué relayé par EurekAlert, 3 juin 2026 : eurekalert.org
  • Article sur le masquage au travail (autisme, TDAH, HPI), TPE Actu, 29 septembre 2026 (cite van der Putten et coll., Autism Research, 2024) : tpeactu.fr

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