Par Anaëlle 7 min de lecture

Aider un proche quand on est soi-même neurodivergent : ce que dit la Journée nationale des aidants

Deux femmes assises côte à côte, l'une penchée en avant le front contre ses mains jointes, l'autre le regard baissé.

6 min de lecture

Le mardi 6 octobre 2026, la Journée nationale des aidants met en avant les 11 millions de personnes qui, en France, accompagnent un proche au quotidien. Le thème choisi cette année, « Tous aidants ! Tous concernés. Faisons équipe », rappelle que cette réalité concerne beaucoup plus de monde qu'on ne le pense. Ce que la campagne ne dit pas, c'est qu'une partie de ces aidants sont eux-mêmes autistes, TDAH ou hypersensibles, et qu'aider un proche quand on gère déjà son propre fonctionnement pose des questions différentes.

L'essentiel en 30 secondes

  • La Journée nationale des aidants a lieu le mardi 6 octobre 2026, sur le thème « Tous aidants ! Tous concernés. Faisons équipe » (collectif Je t'Aide).
  • En France, environ 11 millions de personnes accompagnent un proche : un conjoint, un enfant, un parent qui vieillit, un ami.
  • Une partie de ces aidants sont eux-mêmes neurodivergents, une situation que les campagnes de sensibilisation évoquent rarement.
  • Des travaux de recherche, relayés en septembre 2026 par NIH News in Health, s'intéressent justement aux familles où parent et enfant sont tous les deux TDAH, et à la difficulté d'appliquer des stratégies quand on gère aussi son propre fonctionnement.

6 octobre : une journée pour 11 millions de personnes, et les aidants qu'on ne voit pas

« Tous aidants ! Tous concernés. » Le thème de cette édition 2026, porté par le collectif Je t'Aide, part d'un chiffre qui donne le vertige : 11 millions de personnes accompagnent un proche en France, que ce soit un conjoint, un enfant, un parent qui vieillit ou un ami en difficulté. La journée sert à rendre visible un rôle que beaucoup tiennent sans jamais se dire « aidant », simplement parce que c'est devenu leur quotidien.

Il y a pourtant un angle mort dans ce grand récit collectif : personne ne demande si l'aidant lui-même est autiste, TDAH ou hypersensible. Or accompagner quelqu'un demande de l'énergie, de la disponibilité, de la flexibilité, exactement les ressources qu'un fonctionnement neurodivergent gère déjà différemment au quotidien. Être aidant quand on est soi-même concerné change la donne, sans que ça se voie de l'extérieur.

Aider quand son énergie est déjà comptée

Pour une personne autiste, TDAH ou hypersensible, l'énergie ne se répartit pas comme pour tout le monde. Une matinée de rendez-vous, un appel imprévu, une pièce trop bruyante : ce qui semble anodin pour l'entourage peut représenter un coût réel, invisible de l'extérieur. Ajouter à ça la charge d'un proche à accompagner, c'est puiser dans une réserve déjà limitée.

Des chercheurs s'intéressent d'ailleurs directement à cette situation. Un article de NIH News in Health publié en septembre 2026 décrit des travaux sur des familles où parent et enfant sont tous les deux TDAH : les stratégies classiques, pensées pour un parent au fonctionnement neurotypique, sont souvent difficiles à appliquer quand le parent gère aussi sa propre attention, ses propres oublis, sa propre fatigue. Le constat dépasse largement le seul cas du TDAH parent-enfant : il s'applique à tout aidant qui doit à la fois se réguler soi-même et soutenir quelqu'un d'autre.

Reconnaître ce double coût n'est pas se plaindre. C'est la première étape pour arrêter de se comparer à un modèle d'aidant qui ne correspond pas à son fonctionnement.

Les imprévus, les rendez-vous, les appels : ce qui coûte le plus

Tous les aidants ne sont pas égaux devant les mêmes tâches. Pour un aidant neurodivergent, certains gestes ordinaires du rôle pèsent plus lourd que d'autres :

  • Les imprévus : un rendez-vous annulé au dernier moment, un besoin urgent du proche accompagné, un changement de programme. Ce qui demande de la souplesse à tout le monde peut demander un effort de régulation supplémentaire quand l'imprévisibilité est déjà difficile à gérer.
  • Les appels téléphoniques : administrations, professionnels de santé, secrétariats médicaux. Un échange oral non préparé, sans visuel ni temps de réflexion, coûte souvent plus cher qu'un message écrit.
  • La coordination entre plusieurs interlocuteurs : retenir qui a dit quoi, relancer, ne rien laisser filer. Une charge mentale d'organisation qui s'ajoute à celle, déjà présente, de gérer son propre quotidien.

Repérer précisément ce qui coûte le plus permet de concentrer son énergie là où c'est nécessaire, plutôt que de la disperser sur l'ensemble des tâches d'aidant de la même manière.

La fiche gratuite « Ma liste du jour » (0 €, à imprimer) aide à poser trois tâches réalistes par jour et à noter ce qui a été géré sans avoir été prévu, plutôt que de tout reconstituer de mémoire en fin de journée épuisante.

« Faisons équipe » : à qui déléguer, et comment le demander

Le thème de cette année insiste sur le collectif : « Faisons équipe ». Pour un aidant neurodivergent, cette idée mérite d'être prise au mot plutôt que gardée comme un slogan. Déléguer n'est pas un aveu d'échec, c'est une répartition plus réaliste des tâches.

  • Identifier ce qui peut être partagé : un autre membre de la famille peut-il prendre en charge les appels téléphoniques pendant que vous gérez l'organisation écrite ?
  • Nommer précisément le besoin plutôt que de dire « j'ai besoin d'aide » de façon générale : « je ne peux pas gérer les rendez-vous médicaux ce mois-ci » se traite plus facilement qu'une demande floue.
  • S'appuyer sur les relais existants : associations de patients, plateformes de répit pour aidants, professionnels du secteur médico-social. Ce ne sont pas des solutions de dernier recours, mais une équipe qu'on a le droit de solliciter dès le départ.

« Faisons équipe » veut aussi dire accepter qu'un aidant qui a besoin d'aide reste un bon aidant. Ce n'est pas une contradiction.

Se protéger sans culpabiliser

Le risque, pour un aidant qui gère déjà son propre fonctionnement, c'est de finir par s'oublier complètement : plus de temps de récupération, plus de moments sans sollicitation, jusqu'à l'épuisement. Se protéger n'est pas un luxe qu'on s'accorde une fois que tout va bien. C'est une condition pour continuer à tenir dans la durée.

Quelques repères simples, à garder en tête sans culpabiliser :

  • Un temps de récupération n'est pas du temps volé au proche accompagné. C'est ce qui permet de rester disponible sur la durée plutôt que de s'effondrer au mauvais moment.
  • Refuser une sollicitation ponctuelle n'annule pas tout ce qui a été fait avant. Un « pas aujourd'hui » reste acceptable.
  • Demander du répit à un professionnel ou à une association n'est pas réservé aux situations d'urgence. Plus la demande est faite tôt, plus elle a de chances d'aboutir avant l'épuisement.

Se recentrer, un jour à la fois

Le Kit « Comprendre et S'apaiser » (24,90 €) réunit plusieurs ressources pensées aussi bien pour une personne neurodivergente que pour un proche aidant : des mini-guides pour mettre des mots sur ce qui se joue, un objet sensoriel pour souffler entre deux imprévus, et deux affiches PDF offertes. De quoi se donner un peu de matière avant de repenser toute son organisation d'aidant.

Questions fréquentes

Être aidant et neurodivergent en même temps, est-ce si fréquent ?

Il n'existe pas de chiffre officiel isolant précisément cette situation. Mais avec 11 millions d'aidants en France et une part croissante d'adultes diagnostiqués autistes ou TDAH, ce recoupement concerne nécessairement un nombre significatif de personnes, largement invisible dans les campagnes de sensibilisation actuelles.

Que dit vraiment l'étude citée sur les familles TDAH ?

L'article de NIH News in Health (septembre 2026) évoque des recherches sur des familles où parent et enfant sont tous les deux TDAH, et sur la difficulté à appliquer des stratégies parentales classiques dans cette configuration. Il ne s'agit pas d'une étude sur tous les profils d'aidants neurodivergents, mais d'un exemple concret qui éclaire une difficulté plus large.

Demander du répit, est-ce réservé aux situations graves ?

Non. Les dispositifs de répit et les relais associatifs peuvent être sollicités avant l'épuisement, pas seulement en dernier recours. Plus la demande est anticipée, plus elle a de chances d'être organisée sereinement.

Comment expliquer à son entourage qu'on a besoin d'aide pour aider ?

Nommer un besoin précis plutôt qu'une difficulté générale facilite la réponse de l'entourage : demander explicitement de prendre en charge les appels, un trajet, ou une démarche administrative donne quelque chose de concret à proposer, là où « je suis fatigué·e » reste difficile à traduire en action.

Pour finir

« Tous aidants ! Tous concernés. Faisons équipe » : le thème du 6 octobre s'adresse à 11 millions de personnes, et une partie d'entre elles jonglent en plus avec leur propre fonctionnement neurodivergent. Reconnaître ce double rôle, repérer ce qui coûte vraiment, déléguer sans culpabiliser et se protéger avant l'épuisement, ce n'est pas s'accorder moins d'importance qu'au proche accompagné. C'est ce qui permet de continuer à faire équipe, dans la durée.

Par Anaëlle

Cet article est une information générale et pratique. Il ne remplace ni un avis médical, ni un accompagnement psychologique, ni les relais associatifs et professionnels adaptés à ta situation.

Sources

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